21 septembre 2008
Le petit copain, Donna Tartt
Au sud des Etats-Unis, la pire des enfances attendait Harriet Cleve, dans l'ombre d'un frère assassiné, d'un meurtre jamais élucidé. Une famille détruite, un père enfui, une mère et une soeur anéanties. Lors de l'été de ses douze ans, la jeune fille se révolte. Elle veut savoir, et se venger. Elle sait que pour y parvenir, elle doit renoncer à sa propre adolescence et à ses rêves, affronter et défier le monde inconnu et menaçant des adultes. Et pour commencer, trouver de l'aide auprès d'un ami. La magie du Sud profond, un roman noir et mystérieux dans la lumière du Mississippi...
L'intrigante première de couverture bleutée colle parfaitement avec le roman dense de Donna Tartt; se qui prime dans ce roman, c'est l'atmosphère imprégnée de mystère et de mélancolie. La jeune héroïne, Harriet, semble être la seule de sa famille à vouloir se tourner vers l'avenir, tous les autres étant enfermés dans le souvenir de son grand frère mort douze ans auparavant (assassiné?), retrouvé pendu à un arbre du jardin dans sa dixième année. Cette perte inexpliquée forme l'intrigue de départ. Pourtant, l'auteure ne s'enferme pas un seul instant dans un genre policier, qui aurait pu faire perdre son charme au difficile parcours initiatique de la petite héroïne durant ces deux mois d'été. Donna Tartt dresse un très beau et complexe portrait de la famille exclusivement féminine d'Harriet, qui fait ressortir le côté garçon manqué de la benjamine, toujours à la recherche de missions périlleuses dans lesquelles elle implique le plus souvent son "petit copain", le jeune Hely. La description poussée des sentiments, par ailleurs très justement retranscrits, n'empêchent pas de vrais moments de suspens. Dommage qu'on trouve quelques longueurs à ces 846 pages, surtout vers le milieu du roman, lors des passages sur les frères Ratcliff dont on suit le parcours en parallèle avec la famille Cleve. On peut regretter que le livre s'achève en n'ayant pas répondu à toutes les questions soulevées par l'intrigue; mais il aurait été dommage, peut-être, de lever le voile sur cette ville mystérieuse et isolée du Mississippi, alors que c'est justement ce qui fait tout son charme.
21 juin 2008
La petite fille de Monsieur Linh, Philippe Claudel
C'est un vieil homme debout à l'arrière d'un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. Le vieil homme se nomme Monsieur Linh. Il est seul désormais à savoir qu'il s'appelle ainsi. Debout à la poupe du bateau, il voit s'éloigner son pays, celui de ses ancêtres et de ses morts, tandis que dans ses bras l'enfant dort. Le pays s'éloigne, devient infiniment petit, et Monsieur Linh le regarde disparaître à l'horizon, pendant des heures, malgré le vent qui souffle et le chahute comme une marionnette.
Un tout petit roman qui se range, selon moi, à côté du Petit Prince dans la bibliothèque. Lu en quelques heures pendant mes trajets en bus, c'est une fable tendre, un concentré de délicatesse et d'émotion pure que nous offre Claudel, à travers son écriture dépouillée. L'histoire dramatiquement banale d'un vieillard obligé de quitter son pays pour fuir la guerre qui a ravagé son village. Lui et sa petite fille qu'il presse contre son coeur sont les seuls rescapés. Désemparé face à un pays qu'il ne connaît pas, la tête encore remplie de la chaleur de sa terre natale, le fragile Monsieur Linh va faire la rencontre d'un homme cabossé lui aussi, rongé par la culpabilité. Ses aveux sont pour moi le plus beau passage du roman. Au-delà des mots, ces deux-là partagent leur douleur et leur solitude... jusqu'au dénouement, bouleversant. J'ai adoré cette très belle parenthèse mélancolique.
