05 mars 2009
Ceux qui vont mourir te saluent, Fred Vargas
A priori, tous les dessins de Michel-Ange ont été répertoriés. Et lorsque l'un d'eux fait une apparition discrète sur le marché, il y a tout lieu de supposer qu'il a été volé. Le plus incroyable, c'est que celui qui est proposé à Henri Valhubert, célèbre expert parisien, provient probablement du Vatican! Qui se risquerait à subtiliser les trésors des archives papales? L'affaire se complique lorsque Valhubert est assassiné, un soir de fête, devant le palais Farnèse. Instantanément, les soupçons se portent sur le fils de la victime. Ce dernier fait partie d'un curieux triumvirat d'étudiants, aux surnoms d'empereurs: Claude, Néron et Tibère. En résidence à Rome depuis plusieurs années, tous trois entretiennent des liens singuliers avec la veuve de Valhubert. Une femme au charme envoûtant...
Mon premier Fred Vargas, enfin;) Et sûrement pas le dernier! Curieusement, ce n'est pas l'intrigue policière en elle-même qui m'a le plus accrochée mais plutôt l'originalité et la complexité des protagonistes. Le trio des jeunes français venus étudier à Rome est tout simplement fascinant; en permanence sur le fil entre l'humour et le franchement inquiétant... L'inspecteur sombre et impassible au ton cassant dissimule derrière un regard bleu insoutenable de profondes blessures; la veuve Valhubert est d'une beauté magnétique et dangereuse; l'évêque Vitelli est touchant par sa volonté de protéger comme ses propres enfants les trois étudiants et leur amie. Sans parler des personnages secondaires, tous aussi réussis. Le ton instaure une atmosphère à la fois moderne et étrangement mélancolique qui colle parfaitement au profil éternel de la ville de Rome. Mon seul regret est de ne pas retrouver ces personnages dans les autres romans de Mme Vargas; il semble en effet que contrairement à ses autres livres, celui-ci n'ait pas de suite...
13 février 2009
Le treizième conte, Diane Setterfield
Vida Winter, auteur de best-sellers vivant à l'écart du monde, s'est inventé plusieurs vies à travers des histoires toutes plus étranges les unes que les autres et toutes sorties de son imagination. Aujourd'hui, âgée et malade, elle souhaite enfin lever le voile sur l'extraordinaire existence qui fut la sienne. Sa lettre à Margaret Lea est une injonction: elle l'invite à un voyage dans son passé, à la découverte de ses secrets. Margaret succombe à la séduction de Vida mais, en tant que biographe, elle doit traiter des faits, non de l'imaginaire. Et elle ne croit pas au récit de Vida. Dès lors, les deux femmes vont confronter les fantômes qui hantent leur histoire pour enfin cerner leur propre vérité...
C'est une singulière lecture en montagnes russes qui vient de m'être proposée par ce roman à la couverture mystérieuse- et donc fortement attirante! Après des premières pages prometteuses, le démarrage de l'intrigue a en effet du mal à se mettre en place; l'auteur ouvre de nombreux tiroirs mais nous égare dans ses multiples débuts d'histoires. La première moitié du roman s'avère sympathique, dans une atmosphère très british, entre thé, secrets et jardin brumeux, mais le récit semble s'éloigner du propos initial, laissant le lecteur assez perplexe quand à la direction qu'il prend. Puis la longue chute finale, avec des virages inattendus. Tout s'accélère brutalement; on croit avoir compris une pièce essentielle du puzzle puis l'auteur nous lance sur une nouvelle piste, et ainsi de suite jusqu'à la dernière page. La double chronologie, un peu déconcertante au début, trouve tout son sens. Une histoire à lire en hiver, mêlant secret de famille, vieille maison peuplée de fantômes, amour des livres et des histoires, le tout porté par l'écriture riche de Diane Setterfield. Seul petit regret, le post-scriptum de trop, "happy end" poussif et inutile à mon goût...
"Je vais vous raconter une histoire de jumelles..."
22 décembre 2008
Le Pays sans Adultes, Ondine Khayat
J'ai onze ans, et je vis dans une famille complètement tordue. Heureusement qu'il y a mon frère Maxence. Lui, c'est mon manuel de savoir-survivre. Le soir, on ferme nos oreilles à double tour, pour ne plus entendre les cris de nos parents qui se disputent. Croyez-moi sur parole, la vie, c'est pas pour les enfants. Maxence a préféré partir au Pays sans Adultes. Moi, j'ai voulu le rejoindre, mais je me suis trompé de chemin. Avec mes nouveaux amis, Valentine et Hugo, on a beaucoup discuté et on s'est fait une promesse: quand on sera grands, on prendra tous les enfants malheureux dans nos filets, et on ne les relâchera que quand ils sauront vraiment nager. Promis, juré.
Les chapitres s'enchaînent, se dévorent, et c'est avec surprise qu'on se rend compte que les 335 pages de ce livre sont déjà derrière nous. On ne peut plus quitter le petit Slimane, on se doit de le protéger en restant avec lui, entre les lignes. On peut certes reprocher à l'écriture son côté naïf, voire à la limite du niais parfois, mais la situation de ce petit garçon est tellement poignante qu'on se laisse attendrir par la sincérité et la grande finesse des sentiments exprimés. Attention toutefois à ne pas lire ce roman en période de morosité, il ne se charge pas vraiment de remonter le moral, et même si le message final est positif, il ne s'agit pas explicitement d'une "happy end"! Je trouve d'ailleurs que la fin est un peu expéditive, comme si l'auteur l'avait écrite pour montrer justement que le roman était terminé. On est un peu déçu que tout ce précipite de cette manière après une si grande justesse dans l'analyse des sentiments. A lire également pour la délicatesse du sujet, traité frontalement mais avec un respect émouvant.
12 octobre 2008
Moravagine, Blaise Cendrars
Moravagine, c'est le mal, la folie, l'énergie destructrice, incarnés dans le dernier descendant d'une famille royale en exil. Son histoire, pleine de bruit et de fureur, est racontée par son témoin, son confident -Cendrars lui-même, dont Moravagine, sa créature, est le double, l'ombre maudite qu'il cherche à exorciser dans cette oeuvre envoûtante, une des plus originale de notre époque.
Un peu roman d'aventure, un peu journal d'un fou, un peu rapport médical et anthropologique... Ce curieux roman est tout cela à la fois. On suit, dégoûté et fasciné, les entreprises violentes et sans pitié de Moravagine, du crime atroce de son chien durant sa jeunesse à l'attentat révolutionnaire russe dans les premiers jours du XXème siècle. Le narrateur est le médecin, spécialiste des maladies mentales, qui accompagne Moravagine dans sa cavale; c'est lui-même qui l'a aidé à s'évader de la clinique psychiatrique dans laquelle il était pensionnaire au début du roman. Ce livre se lit rapidement... à condition d'accepter de ne pas lire une histoire de manière fluide! Beaucoup d'élipses temporelles et de changements de voix peuvent en effet dérouter, mais renforcent en même temps la singularité de ce destin décousu.
18 juillet 2008
Le livre de Joe, Jonathan Tropper
A première vue, Joe Goffman a tout pour lui: un magnifique appartement dans les quartiers chics de Manhattan, des aventures sentimentales en série, une décapotable dernier cri et des dollars comme s'il en pleuvait. Ce jeune auteur a très vite rencontré le succès avec son premier roman, Bush Falls. Directement inspiré de son adolescence passée dans une petite bourgade du ConnecticutConnecticut, ce best-seller ridiculise les moeurs provinciales de ses ex-concitoyens, dénonce leur hypocrisie, leur étroitesse d'esprit et toutes leurs turpitudes. Mais le jour où il est rappelé d'urgence à Bush Falls au chevet de son père mourant, il se retrouve confronté aux souvenirs qu'il croyait enfouis à jamais. Face à l'hostilité d'une ville entière, rattrapée par les fantômes de son passé, Joe va devoir affronter ses propres contradictions et peut-être enfin trouver sa place.
Voilà un vrai bon roman américain, que j'ai trouvé très réussi! On pourrait presque parler de double récit puisque certains chapitres du best-seller qui a rendu Joe Goffman (le personnage principal) célèbre et surtout détesté par les habitants de sa ville natale sont intercalés et ainsi mis en parallèle avec le récit principal. La peinture qui est faite de la petite bourgade américaine est précise et la description de ses habitants tristement hallucinante pour leur manque d'ouverture d'esprit. Certains passages sont toutefois assez crus, mais collent parfaitement au contexte. L'humour y est très présent, le personnage principal (et par là-même, l'auteur) pratique avec talent l'auto-dérision tout en évitant d'étouffer la gravité des sujets abordés; le sida, le suicide, le remord, la bêtise, l'isolement... Rassurez vous, au-delà de cette triste liste, on y parle aussi et surtout d'amitié et d'amour: on ne lit quand même pas pour avoir le moral dans les chaussettes!
21 juin 2008
Le Parfum, Patrick Süskind
Au XVIIIè siècle vécut en France un homme qui compta parmi les personnages les plus géniaux et les plus horribles de son époque. Il s'appelait Jean-Baptiste Grenouille. Sa naissance, son enfance furent épouvantables et tout autre que lui n'aurait pas survécu. Mais Grenouille n'avait besoin que d'un minimum de nourriture et de vêtements, son âme n'avait besoin de rien. Or ce monstre de Grenouille, car il s'agissait bel et bien d'un genre de monstre, avait un don ou plutôt un nez unique au monde et il entendait bien devenir, même par les moyens les plus atroces, le Dieu tout-puissant de l'univers, car "qui maîtrisait les odeurs, maîtrisait le coeur des hommes".
Pour moi qui ai furieusement tendance a renifler mes livres à chaque fois que je tourne une page (!), on peut dire que j'ai été servie! La précision de l'écriture de Süskind parvient à reconstituer l'univers dans lequel évolu Grenouille presque exclusivement par les descriptions d'odeurs. Tout est original dans ce roman; le personnage principal est loin d'être attachant et pourtant, on ne peut s'empêcher d'éprouver de la compassion pour lui lorsqu'on se rend compte que les personnages qui l'entourent sont tous intéressés et plutôt malveillants. Roman fantastique (qui flirt parfois avec la science-fiction), l'auteur nous offre une fin en apothéose, avec une orgie d'anthologie, comme un sacre de Grenouille. Mon seul regret réside peut-être dans les toutes dernières pages, lors de la fin délicieusement cruelle du personnage principal qui laisse une impression légèrement baclée à mon goût... Sûrement parce que j'en aurait bien repris une centaine de pages!
20 juin 2008
Ensemble, c'est tout, Anna Gavalda
Ce livre ne raconte rien d'autre qu'une histoire d'amour. Une histoire d'amour entre quatre éclopés de la vie. Camille, Franck, Philibert et Paulette. Des bons à rien, des cabossés, des coeurs purs. Quatre allumettes placées ensemble au-dessus d'une flamme. Et, pfiou... Tout s'embrase.
J'avoue. Je n'avais pas envie de lire ce roman, parce que je ne voulais pas faire comme tout le monde. C'est un principe. Nul, certes, mais quand même. J'ai donc attendu bien sagement que l'engouement se calme, et que le nouveau Gavalda sorte en librairie pour lire celui-ci. C'est donc blindée d'a priori que je me suis lancée dans la lecture de ce pavé, à la converture, il faut bien le dire, très attrayante. Bon, c'était parti... A mon grand regret, je suis tombée dedans moi aussi. Et quand j'en suis sortie, trois jours plus tard, un léger sourire aux coins des lèvres, ce n'était pas du sarcasme. En fait, pour être tout à fait franche, j'ai adoré. Alors d'accord, c'est plein de bons sentiments, on devine la fin et le style n'est pas transcendant... Mais quand même; les personnages sont terriblement attachants (qui ne voudrait pas de l'adorable Philibert comme ami? Hein?), l'écriture est fluide, il n'y a pas de longueur (ou si peu;)... Et puis surtout, c'est un livre "qui fait du bien". Ca peut paraître cucul à dire et c'est ce que je pensais avant de pouvoir en juger par moi-même (belle mentalité!) mais c'est exactement ça; c'est un roman qui se lit comme du petit lait. Il est doux, il apaise, et quand on le referme, on se sent bien. Je ne regrette pas de m'être laissée prendre au piège...

